Il y a 40 ans… L’incendie du Blue Bird

Un texte de Benoît Clairoux, notre Justicier invité de septembre

Quel événement important s’est produit le jour de votre naissance ? Pour ma part, la réponse à cette question est loin d’être joyeuse. Le 1er septembre 1972, quelques heures après ma naissance, un bar du centre-ville de Montréal, le Blue Bird, était la proie des flammes, entraînant dans la mort 37 personnes. Lorsque j’ai appris que la Ville de Montréal allait honorer la mémoire de ces victimes avec un monument, je me suis juré de le visiter le jour du 40e anniversaire de l’incendie. J’ai tenu parole…

De retour à la maison après avoir célébré mes 40 ans chez mon frère, j’ai emprunté le métro jusqu’à la station McGill et je me suis rendu à pied au square Phillips, où a été installé le monument. De la rue Sainte-Catherine, au milieu des passants et des vendeurs ambulants, je ne le vois pas. C’est seulement en contournant la statue du roi Édouard VII, qui a visité Montréal en 1860 pour inaugurer le pont Victoria, que j’aperçois des fleurs posées le long du muret longeant la rue Cathcart.

C’est à cet endroit qu’a été installé le monument aux victimes de l’incendie du Blue Bird. Un long muret de granit noir, où ont été gravés les noms des 37 jeunes personnes qui ont péri dans la tragédie. Un monument d’une grande simplicité, mais empreint de solennité. Il est surprenant de constater le calme qui règne à cet endroit, alors qu’à seulement quelques mètres plus au nord, c’est la cohue sur la rue Sainte-Catherine avec les grands magasins, les gens pressés, la circulation automobile, etc.

Ne sachant trop quoi faire, j’entreprends de photographier les 37 noms gravés dans le granit. John Robert Allan. Sandra Annett. Frances Bowles. Son époux, James Bowles. Larry Breddy. James Campbelton. Edward Crevier. Leona Dalquen. Marlene Dery. Marion Fanning. Michael Fehringer. Bonnie Rae Hill. Catherine Hodson. Valpy Huntingdon. Patricia Jobes. Réjean Lajoie. Norman Lewis. Linda Livingstone. Brian Lolly. Josephine MacKay-Cameron. Patrick Maher. Patricia Mahoney. Katherine McGimpsey. Et un nom caché par un bouquet de fleurs… J’hésite, puis je le soulève. Elizabeth Montgomery. Elle a échappé à l’incendie, mais a succombé deux jours plus tard aux blessures subies lorsque des débris du bâtiment sont tombés sur elle…

Je replace le bouquet. C’est alors que deux passants d’origine chinoise me demandent des précisions sur le monument et mon intérêt pour celui-ci. Je leur raconte tout : ma date de naissance, le beau temps qu’il faisait ce vendredi-là, les trois hommes en état d’ébriété qui se sont vus refuser l’accès au bar et qui sont revenus plus tard mettre le feu dans l’escalier pour se venger, les flammes et la fumée qui se sont propagées rapidement à l’ensemble du bâtiment, la panique qui s’est emparée des quelque 200 personnes présentes, la sortie de secours bloquée, les gens forcés de sauter par la fenêtre ou d’emprunter un passage étroit dans la cuisine pour échapper à la mort…

Nous discutons un peu et nous sommes d’avis que ce monument s’imposait. L’histoire, ce n’est pas que les grands hommes (et les grandes femmes !) ainsi que les grandes victoires, c’est aussi les gens ordinaires, le travail au quotidien, les tragédies qui surviennent parfois. Je leur parle du monument aux 14 victimes de la tuerie de l’École Polytechnique, mais je suis rapidement submergé par l’émotion : mon frère était là ce 6 décembre 1989. Un de mes deux camarades me demande si je consens à être photographié avec lui ; l’histoire du Blue Bird l’a touché. Ou bien est-ce mon histoire ?

Je continue de photographier les noms des victimes. Susan Morrison. Huguette Normandeau. Joel Petrie. Robert Petrie. Joan Robbins. Jerry Share. Irene Sharpajew. Loukas Simos. Kenneth Tarbuck. Ena Towers. Sa sœur, Judith Ann Towers. Kathryn Elizabeth Wirtanen. Sandra Young. Un autre passant s’approche et me dit qu’il se souvient bien de l’incendie. Il m’indique l’endroit précis où était situé le Blue Bird : du côté ouest de l’avenue Union, au sud de la rue Cathcart, là où se trouve aujourd’hui un terrain de stationnement. Un autre ! Mais celui-ci n’est pas comme les autres…

Encore quelques photos et c’est le retour au métro. La soirée ne fait que débuter et la rue Sainte-Catherine fourmille de gens. Comme en ce 1er septembre 1972…

Historien de formation, Benoît Clairoux est conseiller en affaires publiques à la Société de transport (STM).

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 27 septembre 2012, dans Les Justiciers invités. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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