Tête à tête avec une Olympienne

Comme vous l’avez récemment appris, j’ai décidé cette année de me pencher sur différentes facettes de la vie à Montréal, et du même coup vous faire découvrir des gens inspirants.  Pour ce premier reportage, j’ai eu le privilège de m’entretenir avec un de mes coups de cœur des Jeux olympiques de Londres, l’haltérophile originaire de Montréal, Marie-Ève Beauchemin-Nadeau.  Elle nous a donné rendez-vous, à votre humble serviteur et à Francis de Fracail Photo (que je remercie d’ailleurs), dans son endroit préféré de Montréal : Byblos le petit café, un joli petit resto familial du Moyen-Orient situé au 1499, rue Laurier Est.  Découvrons donc ensemble un monde peu connu, celui de l’haltérophilie…

Justicier reporter : Marie-Ève, tout d’abord, merci d’avoir accepté notre invitation.  Pourquoi avoir choisi le Byblos comme lieu de rencontre?

Marie-Ève Beauchemin-Nadeau : Moi, j’aime beaucoup voyager et je trouvais que ce restaurant-là c’est vraiment une immersion dans la culture culinaire du Moyen-Orient.  C’est une région qui a une alimentation très particulière qu’on ne connait pas beaucoup ici, avec un beau mélange d’épices.  Comme ce que j’aime le plus quand je voyage c’est découvrir l’alimentation locale, venir ici ça me permet de sortir du « beat » de Montréal, me retrouver ailleurs le temps d’un repas.

JR : On ne se le cachera pas, l’haltérophilie n’est pas un sport très « populaire » au Québec.  Qu’est-ce qui t’a amené à le pratiquer?

MÈBN : Je faisais de l’athlétisme avant, à l’école secondaire, et mon entraîneur m’a suggéré d’essayer l’haltérophilie pour améliorer ma puissance et ainsi améliorer mes départs et mon accélération.  Mais comme j’ai adoré l’haltérophilie dès le départ, et que rapidement je m’entrainais cinq fois par semaine, j’ai fini par abandonner l’athlétisme pour m’y concentrer.

JR : Ça fait combien de temps que tu pratiques ce sport?

MÈBN : Je commence ma dixième année.  Du côté international, j’ai débuté dès ma troisième année de pratique.

JR : C’est sûrement tes bons résultats qui t’ont poussée à poursuivre?

MÈBN : En effet.  Et c’est ce qui m’a incitée à m’inscrire en sport-étude au Cégep.  C’est aussi le fait de m’être inscrite en sport-étude qui m’a permis de m’améliorer beaucoup dans mon sport.

JR : Pour un haltérophile québécois, est-ce qu’il y a des installations adéquates pour l’entraînement?

MÈBN : Il y a des clubs d’haltérophilie dans pas mal toutes les régions du Québec, dont au moins cinq à Montréal (incluant les Géants et celui du centre Gadbois).  Donc, à ce niveau-là, c’est possible de s’entraîner.  Le problème, par contre, c’est que souvent les clubs sont installés dans des écoles et nous n’y avons pas accès pendant les heures de cours.  Moi, par exemple, pour mon club qui est à Brossard, nous n’avons accès aux locaux que les soirs et les fins de semaine puisqu’il est dans une école secondaire.  Comme athlète olympique, je devais m’entraîner plus que ça.  Je devais donc venir à Montréal le matin, ou me diriger du côté de Varennes.  J’ai donc dû voyager beaucoup.  Aussi, comme nous n’avons plus de Centre National, les athlètes de pointe n’ont pas vraiment l’occasion de s’entraîner ensemble.

JR : Justement, à quoi peut ressembler une semaine d’entraînement pour une haltérophile de pointe comme toi?

MÈBN : Pendant mes études, mon horaire de stage est de 7h à 17h.  Je vais donc ensuite directement à l’entraînement les lundis, mardis, mercredis et vendredis.  Je vais également m’entraîner le samedi matin de 11h à 13h, parfois 14h.  Lorsque je ne vais pas à l’école, comme pour l’année dernière avant les Jeux, je m’entraîne deux fois le lundi, une ou deux fois le mardi, deux fois le mercredi, une fois le jeudi soir, deux fois le vendredi, une fois le samedi… donc ça devient assez chargé.  On parle de 20 à 25 heures d’entraînement par semaine.  C’est sans compter le déplacement, les étirements, les périodes de repos (4 heures entre deux séances), les repas (5 à 6 par jour) et le sommeil à ne pas négliger (10 heures par nuit).

JR : Avec un horaire aussi chargé, comment se passe le mix sport-étude pour toi?

MÈBN : Je veux terminer ma médecine.  Je suis présentement dans ma quatrième année et les finaux sont en mai prochain.  Après, je dois faire ma spécialité avant de pouvoir pratiquer.  Comme je veux faire de la médecine de famille, ça va être deux années de plus.  Si je les fais tout de suite, on se rend en 2015.  De 2015 à 2016, je ferais une année d’entraînement avant les Jeux, comme cette année.  Par contre, je crois que je pourrais aller chercher plus de mon potentiel d’haltérophile si je reportais ma résidence après les Jeux de Rio.  L’autre option serait de finir mon externat, finir ma médecine en 2013 et attendre en 2016 avant de commencer ma résidence.  J’aurais donc trois ans à m’entraîner à temps plein.  Évidemment, je dois d’abord en discuter avec ma faculté.  Je suis quand même chanceuse car la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke est très ouverte envers mon horaire de compétition.  Je ne peux évidemment pas faire ce programme à temps partiel via le sport-étude.  Par contre, à chaque fois que j’ai dû m’absenter une semaine pour une compétition, ils m’ont toujours permis d’aménager mon horaire en conséquence.  Quand je leur ai parlé de mon projet d’aller aux Olympiques, ça n’a vraiment pas été compliqué.  En autant que j’étais motivée à revenir à mes études par la suite, c’était correct.

JR : Tu confirmes donc vouloir tenter ta chance pour les Jeux de Rio en 2016?

MÈBN : Oui, j’aimerais vraiment ça.  Je crois ne pas avoir encore atteint mon plein potentiel en haltérophilie.  Normalement, dans ce sport, les athlètes atteignent leur maximum vers 26-27 ans, même 28 ans, donc je crois pouvoir encore m’améliorer de beaucoup.  Je crois donc ne pouvoir que faire mieux en 2016… on verra.

JR : Côté financement et commandites, est-ce que tu es bien appuyée?

MÈBN : Les sept meilleures athlètes de la discipline au Canada ont une subvention fédérale (programme d’aide aux athlètes).  Pour les athlètes québécois, il y a également le programme Équipe-Québec qui offre deux bourses par année, en plus d’un crédit d’impôt.  Le montant du crédit d’impôt peut également être versé par chèque si l’athlète n’a pas d’impôt à payer.  Ces deux programmes permettent aux athlètes d’avoir un revenu suffisant pour vivre.  Pour les athlètes aux études, il y a également la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec qui donne de vraiment bons montants aux athlètes qui performent autant au niveau scolaire que sportif.  De mon côté, ils m’aident depuis 2009 grâce à différentes entreprises : Hydro-Québec, la Banque Nationale, la Capitale.  Il y a ensuite les commandites qui peuvent entrer en ligne de compte.  C’est la partie plus compliquée.  Dans mon année olympique, ça a été relativement facile d’en trouver de petites, mais je n’en avais jamais eu auparavant.  Reste à voir si je vais pouvoir les garder maintenant que les Jeux sont terminés.

JR : Parlant des Jeux, c’était tes premiers à Londres.  Qu’est-ce qui t’as le plus impressionné?

MÈBN : Mon souvenir le plus mémorable, c’est vraiment ma compétition.  J’ai été surprise par les Anglais, les spectateurs étaient vraiment le fun.  Ils criaient, ils nous encourageaient, peu importe que nous soyons Anglais ou pas.  Il y avait une Anglaises dans ma catégorie, et lorsque c’était à mon tour, les spectateurs voulaient tout de même que je réussisse, même si c’était pour battre l’Anglaise.

JR : Est-ce que tu as eu l’occasion d’assister à d’autres épreuves d’haltérophilie?

MÈBN : Avant ma compétition, je les ai regardées à la télévision grâce au réseau disponible dans le village qui diffusait toutes les compétitions en temps réel.  J’ai tout de même assisté sur place à la compétition des 105 kg chez les hommes.  J’en ai surtout profité pour voir et en apprendre plus sur d’autres sports.  J’ai particulièrement été impressionnée par la médaille de bronze canadienne en cyclisme sur piste (poursuite chez les femmes).  Comme j’aime les sports plus explosifs, et que la course était terminée en deux minutes, ça m’a donné un beau rush d’adrénaline.  J’ai aussi bien aimé la lutte olympique.

JR : En haltérophilie, quel athlète t’impressionne le plus présentement?

MÈBN : C’est une Canadienne, Christine Girard, qui a gagné une médaille de bronze à Londres. Pour moi, ce n’est pas nécessairement la performance qui m’impressionne, mais le travail derrière la performance. Elle a terminé quatrième aux Jeux de Pékin et le lendemain de sa compétition elle s’est dit qu’elle serait sur le podium à Londres. À tous les jours par la suite, elle a fait ce qu’elle devait faire pour être sur le podium et ça a marché. C’est ça qui m’impressionne et c’est aussi ce que j’ai envie de faire pour mes quatre prochaines années, faire tout ce que je peux pour être la meilleure athlète possible.

MÈBN : C’est une Canadienne, Christine Girard, qui a gagné une médaille de bronze à Londres.  Pour moi, ce n’est pas nécessairement la performance qui m’impressionne, mais le travail derrière la performance.  Elle a terminée quatrième aux Jeux de Pékin et le lendemain de sa compétition elle s’est dit qu’elle serait sur le podium à Londres.  À tous les jours par la suite, elle a fait ce qu’elle devait faire pour être sur le podium et ça a marché.  C’est ça qui m’impressionne et c’est aussi ce que j’ai envie de faire pour mes quatre prochaines années, faire tout ce que je peux pour être la meilleure athlète possible.

JR : Tu avais, au départ, dis vouloir viser la cinquième place, avec 245 kg.  Es-tu quand même satisfaite de ta performance (8ème place / 239 kg)?

MÈBN : Oui.  La cinquième place, c’était un objectif que je m’étais fixé en prenant en considération les résultats des Championnats du Monde de 2011, et en me fiant sur la forme physique que je voulais avoir.  Finalement, même en ayant réussi 245 kg, j’aurais terminé septième.  Quand j’ai vu la liste de départ, je me retrouvais dans une catégorie très corsée.  J’ai donc révisé mon objectif à un Top 8 et c’est ce que j’ai fait.  Donc, au niveau du classement, je suis vraiment contente.  Au niveau des barres que j’ai soulevées, je crois qu’on se fixe toujours des objectifs plus élevés en compétition et mon entraîneur m’avait dit que si je pouvais m’approcher de mes meilleures barres à vie lors des Jeux ça serait très bon.  J’ai fait un kilo de moins au total que ma meilleure performance à vie, j’ai battu mon meilleur épaulé-jeté d’un kilo.  Je considère donc avoir fait une bonne performance.  En fait, ce qui nous fait dire si oui ou non nous avons fait une bonne performance le jour de la compétition, c’est lorsque l’on regarde les barres que l’on a ratées et celles que l’on a réussies.  Oui, j’ai fait une erreur sur ma première barre à 100 kg à l’arraché et je n’aurais pas dû la rater, mais ma troisième barre à 104 kg, je me suis battue comme une déchaînée pour la réussir et c’est ce qui fait que je suis satisfaite de ma performance.

JR : Après les Jeux olympiques, est-ce que vous ressentez un vide?

MÈBN : Ça dépend de ce que l’on fait.  Moi, j’ai étudié toute ma vie et je savais que j’allais recommencer à mon retour des Jeux.  J’avais un plan à long terme.  Quelqu’un qui prévoit terminer sa carrière aux Jeux et qu’il n’a pas vraiment préparé son après-carrière, c’est sûr qu’il doit y avoir un vide.  C’est vrai que plusieurs athlètes peuvent vivre une dépression après les Jeux, mais de mon côté, je n’en ressens pas les symptômes.

JR : Tu débutes ta septième année de compétition au niveau international.  Quel est ton plus beau souvenir?

MÈBN : Il y en a tellement!  Ce n’est pas évident, mais je crois que ce sont les Jeux olympiques, parce que ce n’est pas arrivé si souvent que je puisse m’approcher de mes meilleures barres à vie en compétition internationale.  La préparation est aussi différente car les Jeux sont un aboutissement, ils ne servent pas à autre chose, comparativement au Championnat du Monde qui servent à se qualifier pour les Jeux.  J’ai donc vraiment tout donné pour être prête cette journée-là… pas le lendemain, ni la veille.

JR : Présentement, quel pays est le plus fort en haltérophilie chez les femmes?

MÈBN : Dans les petites catégories de poids, l’Asie et la Turquie.  Les Chinoises, les Coréennes, les Thaïlandaises sont fortes.  Dans les plus grosses catégories, les Coréennes sont encore assez fortes, les Chinoises aussi, mais les autres Asiatiques un peu moins.  Il va y avoir beaucoup plus d’Europe de l’Est : la Roumanie, Bulgarie, Arménie.

JR : En terminant, qu’est-ce qui s’en vient côté compétition pour toi?

MÈBN : J’irai en Israël à l’automne pour les Championnats du monde universitaire.  Mais comme c’est une année post-olympique, c’est surtout du repos côté compétition.  La suivante sera en juillet 2013 (les Universiades à Kazan).

JR : Marie-Ève Beauchemin-Nadeau, merci énormément d’avoir pris un peu de ton temps afin de nous parler de toi et de ton sport.  En espérant que ça permette de le faire connaître un peu plus.  Également, bonne chance pour les années à venir.  Nous avons déjà hâte de te voir à Rio

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 13 septembre 2012, dans Justicier reporter. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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