La beauté : moteur de régénération sociale

Un texte de Félix Gauthier, notre Justicier invité de mai

« Le beau est le symbole du bien moral », disait Kant.

Parmi les façons d’améliorer un milieu de vie, la beauté peut être au service d’une noble cause. En effet, L’esthétisme urbain a un impact direct sur la réalité socio-économique des villes et sur le comportement de ses citoyens. Les changements que subit l’espace public, aussi petits soient-ils, affectent les cadres de vie et les situations humaines. Pour une collectivité, la santé des liens sociaux est gage de succès – ou d’échec. La dégradation sociale et ses conséquences (pauvreté, exclusion, problèmes de santé publique, criminalité…) s’accompagnent, entre autres, d’un dépérissement physique du milieu urbain. C’est un cercle vicieux.

Ce lien de causalité entre la « santé » d’un lieu et son apparence peut également s’interpréter dans le sens inverse. La beauté de la ville contribue d’une manière subtile, mais certaine, à sa vitalité socio-économique. L’esthétisme urbain, au-delà de contribuer au simple bonheur des citoyens, a donc un puissant rôle social. Il lutte contre le dépérissement et rend la ville plus agréable.

Cette vision se base sur la « théorie de la vitre brisée »[1]. Pour faire simple, prenons l’exemple classique d’un immeuble d’habitation dont quelques vitres ont été fracassées. Si elles ne sont pas remplacées, il est prévisible que d’autres actes de vandalisme seront commis, ouvrant la porte à une détérioration accélérée de l’immeuble. Les individus qui l’habitent cesseront d’en prendre soin et contribueront, souvent de manière inconsciente, à son délabrement. Autour, des rebuts et des graffitis s’accumuleront, entraînant le lieu dans une désolante spirale. L’immeuble devient désagréable et amène chez ses habitants – et même chez les pouvoirs publics – une lassitude, un détachement combinés à un sentiment grandissant d’insécurité. Ceux qui le peuvent déménagent.

Cette théorie peut s’appliquer à un bâtiment, mais aussi à un quartier ou une ville en entier. La meilleure façon de prévenir ces détériorations est d’agir en amont, avant que les problèmes s’aggravent. Réparer ce qui est brisé, effacer les graffitis, ramasser les déchets et améliorer l’éclairage; toutes ces petites mesures contribuent à ce que les problèmes sociaux ne s’amplifient pas aussi rapidement.

Ce constat peut paraître simpliste, voire trompeur. Pourtant, nous n’échappons pas à une règle biologique classique : le comportement des êtres vivants est grandement façonné par l’environnement dans lequel ils évoluent.

Bien évidemment, ces mesures à elles seules ne réussiront jamais à enrayer des problèmes d’une immense complexité. La santé des liens sociaux passe inévitablement par de grands chantiers sociaux, notamment en éducation, en santé et en infrastructures.

Il demeure que les améliorations physiques à petite échelle, simples et peu coûteuses, ont un rôle complémentaire, tout aussi important à jouer. Il est donc sage de toujours garder en tête l’impact puissant que peut avoir l’environnement urbain sur le destin de ses citoyens.


[1] Elle a notamment été  abordée par George L. Kelling et Catherine Coles, deux universitaires spécialisés en criminologie et en sociologie urbaine, dans un livre intitulé Fixing Broken Windows: Restoring Order and Reducing Crime in Our Communities.


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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 31 mai 2012, dans Les Justiciers invités. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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