Apprendre à faire la file

Parfois, un chroniqueur en manque d’inspiration se retrouvera à patauger mollement dans l’anecdote. Bien que cela paraisse assez déplorable, cette voie peut quand même nous fournir un éclairage nouveau et intéressant sur une situation que nous tenions pour acquis.

Avant d’être un justicier sans peur et sans reproche et de répandre la bonne nouvelle dans les couloirs obscurs et encombrés de l’Internet, j’étais un simple citoyen, nouvellement établi dansla lointaine Villede Québec après avoir passé quelque 8 années de sa vie dans notre belle métropole montréalaise.

Quand on s’établit dans un nouveau milieu, on subit toujours un certain choc culturel à un moment donné. Un de ceux que j’ai vécu en arrivant dans notre Vieille Capitale est très mineur. C’est qu’à Québec, lorsque l’on attend l’autobus, on ne fait pasla file. Onse place plutôt de manière tout à fait aléatoire sur le trottoir. Un peu comme lorsque l’on attend le métro à Montréal. Quand l’autobus arrive, les gens s’approchent de la porte et se placent dans une formation que j’appellerai le « motton » et chacun entre dans le véhicule quand son tour arrive, ou quand il provoque l’arrivée de son tour.

Bien que banale à première vue, cette situation met en lumière quelques impacts liés à la forme générale de la Ville de Québec.

Une chose que l’on remarque assez rapidement au sujet de cette forme est que cette agglomération est composée en très grande majorité de milieux aux faibles densités de bâti, qui sont majoritairement monofonctionnels et sont composés de maisons unifamiliales isolées sur leur terrain. Ce type de milieux a quelques effets sur le mode de vie de ses habitants.

Si l’on parle de la faible densité de Québec, une comparaison avec l’Île de Montréal nous éclaire tout de suite sur le sujet. Sur l’Île, qui a une superficie de 500 km2, on retrouvait un total de 1 854 442 habitants en 2006. Alors que dans la Ville de Québec, qui a une superficie de 454,28 km2, on retrouvait en 2006, 491 140 habitants. Ce qui fait que sur à peu près le même territoire, on retrouve sur l’Île près de 4 fois la population de la Ville de Québec.

C’est une situation qui provoque deux choses principalement : l’éloignement et l’isolement des gens.   L’éloignement vient du fait que lorsque les gens travaillant ensemble rentrent à la maison après leur journée de travail, ils ne se retrouvent que très rarement à habiter dans les mêmes quartiers. Cet éloignement vient aussi amplifier le phénomène d’isolement, puisque les gens n’habitant pas dans les mêmes endroits sont poussés à prendre leur voiture pour se déplacer. Voiture dans laquelle ils se retrouvent tout seuls. L’isolement est aussi le fait que, par exemple, après une journée de travail, la plupart des gens retournent dans leur maison et n’auront que de très faibles chances de la quitter pour effectuer des activités près de chez eux, étant donné le manque de diversité fonctionnelle de leur quartier résidentiel. Ces deux phénomènes rendent la continuation des rapports sociaux en dehors des activités productives beaucoup moins automatique et facile. Cela a donc pour effet d’affaiblir et de diminuer la fréquence des contacts sociaux entre les gens. On perd donc dans ce type de milieux la pratique du vivre ensemble et peut-être même du savoir-vivre.

Un savoir-vivre qui est tout à fait important si l’on veut créer une culture du transport en commun. Culture que l’on retrouve beaucoup plus à Montréal. Cette culture implique aussi une certaine perception que les gens ont des transports en commun. Cette perception est moins positive dans le cas de Québec. Bien qu’elle s’améliore de plus en plus, cette perception négative se cristallise surtout dans l’inefficacité globale du système de transport en commun.

Il est clair que la première approche au niveau du transport en commun serait de travailler sur la perception qu’en ont les gens. En installant plus de voies réservées et des feux de circulation préférentiels pour augmenter son efficacité et/ou en installant un système alliant GPS sur les autobus et affichage numérique dans les arrêts pour améliorer l’information àla clientèle. Ilserait possible d’obtenir de très bonnes bases sur lesquelles travailler. Ensuite, il faudra bien sûr travailler sur nos milieux de vie pour les aménager en parallèle avec les nœuds de transport en commun afin de rapprocher le plus possible les habitations de ceux-ci.

 

Publicités

À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 17 mai 2012, dans Correspondant à l’étranger. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Vous dîtes que les villes où on ne fait pas la file sont celles où il n’y a pas une bonne « culture du transport en commun ». Cela dit, dans des villes comme Paris (qui a une culture du transport collectif) on ne se met jamais à la queue leu leu pour monter à bord d’un bus. Faire la file, c’est très anglo-saxon. Personnellement, je viens de Sherbrooke, et de passage à Montréal, j’ai eu le même choc culturel que vous, mais inverse. Mon hypothèse est que Montréal est une ville de plus en plus américanisée et où la culture anglophone paraît jusque dans les manières de faire les plus banales de ses habitants.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :