Rouler à contresens

C’est un article paru dans Le Soleil du 27 mars 2012, intitulé « Élargissement de cinq autoroutes : un non-sens, dit Accès Transports viables », qui m’a lancé sur la piste de la réflexion que je me propose de partager avec vous ce mois-ci.

L’article en question traite de quelques grands projets d’infrastructures de transport qui sont prévus dans notre vieille capitale. Y sont proposées des solutions qui auraient fait très bonne figure dans les années soixante, lors de la mise en place du réseau d’autoroutes québécois. Mais qui aujourd’hui, à l’époque de la promotion du transport collectif et des transports actifs, de la préoccupation grandissante pour la santé des gens et au bord du gouffre économique (selon certains), sont quelque peu déconnectées.

Comprenez-moi bien, je ne suis pas bêtement fermé à tout investissement dans les autoroutes ou dans les routes en général. Je suis tout simplement convaincu qu’il ne faut pas se contenter de répéter le modèle utilisé lors de la fondation de notre réseau supérieur. Il faut plutôt l’actualiser et y aller d’innovations pour espérer relever les défis que l’avenir nous réserve.

Dans les projets dont fait mention l’article précité, il est question d’élargissement d’autoroutes. Donc d’ajouter des voies de circulation. Cela a pour but d’augmenter la fluidité des déplacements sur ces tronçons ce qui augmentera aussi le volume de la circulation. Et, à terme, cela provoquera inévitablement des problèmes de congestion. L’exemple le plus parlant de cette situation est le réseau autoroutier de la Capitale-Nationale qui selon le Plan de mobilité durable à la page 86, « […] est de plus en plus congestionné et cette situation s’aggrave avec les années. ». Pourtant, comme il est souligné dans l’article du Soleil, la ville de Québec a le ratio de kilomètres d’autoroutes par 100 000 habitants le plus élevé en Amérique du Nord.

C’est donc, au mieux, une stratégie tout à fait maladroite et, au pire, un grossier gaspillage de fonds publics. En parlant de maladresse stratégique, n’est-ce pas troublant de constater que les décisions du ministère des Transports dans ce dossier s’inscrivent en porte à faux par rapport aux orientations stratégiques de la Ville de Québec, et dans une certaine mesure par rapport aux siennes, en matière de mobilité durable? Comment réussir l’intégration du transport en commun au réseau déjà existant et surtout dans les habitudes de vie des gens, quand le gouvernement prend des décisions en vase clos sans trop se soucier des répercussions sur le milieu récepteur? En effet, le message que le ministère envoie à la population est le suivant : « Continuez à utiliser vos voitures pour le moindre de vos déplacements, nous vous supporterons, peu importe le prix ».

Il serait si simple en ce moment charnière, au niveau de la mobilité des individus, de changer nos modèles d’organisations des déplacements. Il est primordial de nos jours d’offrir des choix de déplacements diversifiés à tous, diversité des modes, autant que des trajets. La voiture individuelle prend beaucoup de place dans la planification de l’espace urbain et dans les choix d’investissement, et ce, depuis maintenant plus de cinquante ans. Il est donc plus que temps de développer des alternatives. L’aménagement de voies réservées pour le transport en commun, la mise en place de service de trains de banlieue, l’élimination des grandes tranchées autoroutières en milieu urbain pour les remplacer par des voies de circulation à échelle humaine comme des boulevards sont toutes des options que nous devons explorer pour construire les milieux de vie auxquels nous avons droit.

Ce dernier exemple de modèle de développement urbain, qu’il est primordial d’intégrer à notre démarche d’aménagement au plus vite, a comme bénéfice de redonner à la rue sa fonction d’espace public. La rue est appréhendée aujourd’hui presque uniquement comme un espace de transit. Certains, comme Marc Augé dans un livre publié en 1992, utilisent l’expression : non-lieux, pour qualifier ces espaces. Cette expression pourrait se définir ainsi : « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. ». Cette situation produit de nombreux effets pervers, entre autres sur la socialisation des individus tels que : la peur de l’autre, la fermeture à l’inhabituel, l’isolement, l’insécurité, etc.

Enfin, je terminerai en transportant ma réflexion dans votre métropole bien aimée. Puisque là aussi des projets d’élargissement d’autoroutes pointent le bout de leur nez, notamment celui de l’autoroute des Laurentides ou de l’autoroute 19. Par contre, on retrouve dans la région de Montréal une autoroute qui en principe devrait être l’archétype de l’autoroute : l’autoroute 30. Son achèvement lui permettrait en effet d’agir comme une voie de contournement de l’agglomération montréalaise et de remplir à merveille l’objectif premier (et selon moi unique) de toute autoroute, celui de lien interurbain.

AUGÉ, Marc. 1992. Non-lieux : Introduction à une anthropologie dela surmodernité. Paris: Éditions du seuil, 122 p.

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 19 avril 2012, dans Correspondant à l’étranger. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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