Printemps budgétaire : l’argent ne pousse pas encore dans les arbres et Montréal ne verra pas une pluie d’investissements s’abattre sur elle

21 mars, Montréal. Il n’y a pratiquement plus de neige et il fait 24 degrés. 24 DEGRÉS! Un record pour cette période. C’est le genre de journée de printemps où on « reconnecte » avec notre ville, après des mois d’une longue mutation météorologique. C’est comme si, tout à coup, Montréal nous apparaissait différemment et nous donnait envie qu’elle se pare de ses plus beaux atours pour l’arrivée de la saison qui la révèle sous ses meilleurs traits, l’été.

En se promenant dans les rues, en lisant les journaux, en analysant les données, une chose freine toutefois les ardeurs des Justiciers urbains. Montréal se vide lentement; lentement, mais de façon constante. Des artères centrales et historiques comme la « main » peinent à attirer les foules et les commerces en arrachent pour demeurer ouverts; des emplois se perdent par milliers au profit de pays émergents; et enfin, comme nous en avons déjà parlé, l’île de Montréal voit année après année plus de familles la quitter qu’elle n’en accueille.

Certes, il ne faut pas passer sous silence les choses positives qui s’y passent. Le dynamisme de quartiers comme Villeray et Rosemont, la revitalisation complète de secteurs tels comme Angus et Griffintown, la réussite du Quartier des spectacles et des quais du Vieux-Port, etc. Pour faire de Montréal une réelle réussite, il faut toutefois une vision d’avenir globale et rassembleuse jumelée à un plan d’action où sont définis les objectifs à atteindre. Cette vision passe immanquablement par l’administration municipale mais également, elle doit trouver écho et appui au sein du gouvernement du Québec.

Or, le 21 mars, c’était aussi la journée où le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, déposait son budget 2012-2013. Le budget est à notre avis mi-figue, mi-raisin pour Montréal. Ce n’est toutefois pas une grande surprise puisqu’il s’agit d’un budget teinté de réalisme économique en vue d’atteindre l’équilibre budgétaire l’année prochaine, un objectif maintes fois annoncé au cours des trois dernières années. Même si le Québec et le Canada passent à travers cette période « d’incertitude économique » la tête plus haute que bien des États dans le monde, force est de constater que nous ne nous en sortirons pas indemnes. En effet, en décembre 2011, le taux de chômage était de 10,8 % à Montréal alors qu’il était à 9,5 % à pareille date l’année d’avant. Dans l’ensemble de la province, il est de 8,5 % alors que le reste du Canada fait mieux avec 6,9 %. Au cours des sept derniers mois de l’année 2011, c’est près de 43 000 qui se sont perdus. C’est dire que Montréal traine de la patte… un peu.

Des secteurs ciblés

Dans une note plus positive, voici un coup d’œil rapide sur certaines bonnes nouvelles pour Montréal pour 2012-2013.

D’abord, le secteur de la mode. Montréal est l’un des trois centres nord-américains en matière de production de vêtements, avec les villes de Los Angeles et de New. Le secteur emploie 38 000 dans la métropole. Toutefois, l’industrie fait face à trois défis d’envergure depuis quelques années : 1) la chute des exportations expliquée par la force du dollar canadien; 2) la concurrence étrangère et les industries en croissance des pays émergents; 3) la percée des chaînes étrangères de commerce de détail. Pour pallier à cela, le gouvernement du Québec apportera un soutien de l’ordre de près de 10 M$ pour les trois prochaines années aux événements promotionnels ainsi qu’au Bureau de la mode de Montréal. De plus, il supportera la création d’un groupe de travail visant à analyser les perspectives d’avenir du secteur ainsi que le développement d’une image de marque pour positionner Montréal sur la scène internationale.

Le secteur de la culture peut également se réjouir. En effet, le gouvernement investira cette année 5 M$ de plus pour les festivals et événements touristiques, faisant passer les subventions de 12,5 M$ à 17,5 M$ et ce, sans compter les 125 M$ que Québec injecte pour les préparations en vue des festivités du 375e anniversaire de la Ville en 2017. Ces sommes serviront à la mise à jour d’institutions structurantes, dont 45 M$ pour l’Espace pourla vie. Les musées McCord et Stewart seront pour leur part appuyés dans leur processus de fusion, ce qui dotera Montréal d’un grand musée de l’histoire, un musée à haut potentiel touristique. Enfin, Québec mettra en place d’un groupe de travail chargé d’évaluer l’occasion de soutenir financièrement l’aménagement d’ateliers d’artistes à Montréal. Un rapport devra être déposé en 2013.

Le support au développement du secteur financier est aussi visé. Ce secteur compte 150 000 emplois au Québec, représente 5,8 % du PIB québécois, et le centre de ces activités se trouve à Montréal. Pour ce faire, le gouvernement facilitera l’implantation, le développement et le maintien dans l’agglomération de Montréal d’entreprises spécialisées dans le domaine des transactions financières internationales. De plus, il contribuera au développement de l’Institut de la finance structurée et des instruments dérivés de Montréal, un centre d’excellence en enseignement dans ces domaines. Ce genre d’initiatives pourrait bien positionner Montréal comme futur siège de la bourse du carbone qui est en train de se mettre en place au sein dela Western Climate Initiave.

Parmi les autres annonces intéressantes, notons la bonification du programme Interconnexion de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, un programme pour l’intégration professionnelle des personnes immigrantes dans la métropole, qui bénéficiera de 1,5 M$ par année pour les trois prochaines années ainsi que des investissements de 50 M$ (sur les 60 M$ rendus disponibles) pour la création d’une ceinture verte à Montréal. D’autre part, alors qu’aucun projet structurant en transport collectif n’a été annoncé, il est important de noter quand les 2/3 des revenus du marché du carbone et des redevances sur les carburants (Fonds vert) seront alloués au transport collectif et alternatif.

Au final, la région de Montréal récoltera 38 % des 8,8 G$ investis chaque année dans les infrastructures québécoises d’ici 2016 et verra quelques-uns de ses secteurs clés appuyer par Québec, confirmant ainsi que son leadership à l’échelle provinciale et même internationale dans ces domaines. On y retrouve plusieurs actions ciblées, mais on ne retrouve pas le coup de masse qui remettra Montréal sur le piton. Heureusement d’ici là, il y aura toujours moyen de profiter du beau temps!

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 21 mars 2012, dans Édito de la semaine. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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