Dublin à Montréal

À deux jours de la St-Patrick, fête nationale des Irlandais (d’ailleurs célébrée au Canada depuis 1765), le moment est tout-à-fait indiqué de découvrir ensemble le Montréal irlandais.

On ne peut le cacher, la population de Montréal a depuis toujours été constituée d’un mélange de groupes ethnoculturels, et les Irlandais représentent un des plus importants, non seulement en raison de leur nombre, mais également de leur impact historique.  Ce n’est pas pour rien que le trèfle irlandais se retrouve sur le drapeau montréalais, à côté du lys français, de la rose anglaise et du chardon écossais.

Après les Français et les Anglais, les Irlandais furent les premiers à s’installer à Montréal, il y a aussi longtemps que le 16ème siècle.  À cette époque, des mercenaires irlandais servant dans l’armée française furent cantonnés en Nouvelle-France, formant ainsi la première base de la communauté irlandaise de ce qui deviendrait plus tard Montréal.  Le plus gros boom d’immigration irlandaise dans la métropole québécoise eut lieu entre 1816 et 1860 alors que l’Irlande est ravagée par la famine.  L’arrivée est si forte qu’au milieu du 19ème siècle, on estime qu’au moins le tiers de la population de la ville est irlandaise ou d’origine irlandaise.  Plus récemment, nous avons assisté à deux autres vagues en 1989 et entre 2008 et 2010 dues à des taux de chômage dépassant les 15% en Irlande.

La plupart des immigrants irlandais du 19ème siècle se sont installés dans le quartier ouvrier de Griffintown.  C’est de ce secteur que provenaient les ouvriers irlandais qui ont participé à la construction du pont Victoria et du canal Lachine.  C’est justement sur ce chantier que, le 24 janvier 1843, les 1300 ouvriers irlandais décidèrent unanimement de déclencher la première grève au Canada.  C’est aussi dans Griffintown qu’un bombardier polonais s’est écrasé pendant la Deuxième Guerre mondiale.  Là également que le fantôme de l’Irlandaise Mary Gallagher, assassinée par sa meilleure amie le 26 juin 1879 dans un triangle amoureux, rôderait à tous les sept ans à la recherche de sa tête.  On y trouve aussi le Horse Palace (ouvert en 1862), l’une des dernières écuries urbaines en Amérique du Nord toujours en fonction.  C’est donc une âme, une histoire, une mémoire vieille de 200 ans que plusieurs souhaitent voir préserver dans le nouveau Griffintown qui est en plein développement présentement.  Allez y faire un tour en vous accompagnant du guide audio du site www.griffinsound.ca, vous serez touchés par tant de souvenirs.

Les Irlandais et leurs descendants ont aussi marqué plusieurs domaines de l’histoire de Montréal.  En affaire, mentionnons Bill Hurley, propriétaire du Hurley’s Irish Pub et Irishmen of the year 2012, Timothy Eaton, fondateur des magasins du même nom, et Charles McKiernan, propriétaire du restaurant Joe Beef (version 19ème siècle).  Du côté artistique, pensons à Émile Nelligan et à David Ross McCord, le fondateur du musée portant son nom.  En politique, nous y retrouvons Brian Mulroney, Jean Charest, ainsi que cinq maires de Montréal : William Workman (1868 à 1871), William Hales Hingston (1875 à 1877), James McShane (1891 à 1893), Richard Wilson-Smith (1896 à 1898) et James John Edmund Guerin (1910 à 1912). Du côté sportif, que serait Montréal sans Ambrose O’Brien, fondateur des Canadiens de Montréal, « Phantom » Joe Malone, Dickie Moore, Pat Burns et Patrick Roy?  Les vainqueurs de la Coupe Stanley en 1899 et 1900, les Montreal Shamrocks, étaient tous d’origine irlandaise.  Paraitrait même que Youppi serait de descendance irlandaise!

Aujourd’hui, nous retrouvons à Montréal que moins de 1000 Irlandais.  Par contre, environ 30% des Montréalais peuvent retrouver une présence irlandaise dans leur arbre généalogique.  C’est un peu pour cela qu’il n’y a pas de communauté irlandaise vraiment distincte à Montréal.  Mais alors, comment peut-on explorer l’Irlande tout en demeurant à Montréal?  J’ai relevé le défi pour vous et, pour cela, j’aimerais remercier Cynthia Lacombe, dont la grand-mère Beatrix Doyle est née en Irlande, qui m’a permis de découvrir quelques endroits intéressants.


Évidemment, lorsque l’on pense Irlande, nous pensons immédiatement aux pubs irlandais.  Ce n’est pas pour rien que plusieurs Irlandais ont choisi le Québec.  Leurs traditions reliées à la famille, à la musique, à la danse, à la nourriture et à la bière les rapprochent beaucoup des Québécois.  Vous pouvez donc tenter de recréer l’ambiance d’un pub irlandais à la maison, mais rien ne vaut une visite dans un vrai pub irlandais.  Mais attention!  Ces derniers poussant comme des champignons à Montréal, choisissez bien votre destination.  Vous pouvez pénétrer au Irish Embassy Pub & Grill (1234 rue Bishop) sans vous posez de question.  Musique en direct du jeudi au dimanche, bière irlandaise et tarte aux pommes à la sauce Jameson vous y attendent.  Vous pourrez également y assister à l’émission d’avant-match des Canadiens de TSN Radio 990 tous les samedis soirs de la saison de 17h à 19h.  Fait intéressant : tous les employés de l’endroit seraient recrutés directement en Irlande.

Presqu’en face, au 1225 rue Crescent, ne manquez pas d’aller faire un tour au Hurley’s Irish Pub, probablement le plus authentique des pubs irlandais à Montréal dans ce superbe édifice en pierre.  Le Guiness Beef stew, spécialité de la maison, vaut le détour.

Vous pouvez également sortir du centre-ville et vous dirigez du côté de Pointe-Claire.  Passez faire un tour au McKibbin’s Irish Pub (6363 autoroute Félix-Leclerc) que je vous recommande plus que sa version de la rue Bishop, trop commerciale.  Vous pourrez également faire quelques achats au Bramble House (57 avenue Donegani) question de vous procurer aliments, porcelaine et autres produits provenant directement d’Irlande.  Vous voulez afficher votre « irlandicité »?  Allez faire un tour à la Boutique Celtique Kennedy (4 avenue de Lourdes) où vous trouverez chandails, chapeaux, foulards, bijoux et bien plus à l’effigie de l’Irlande.

Tous les golfeurs savent que l’Irlande est une destination de rêve.  Vous n’avez pas les moyens de vous y rendre?  Qu’à cela ne tienne!  Dirigez-vous au Club de Golf de l’île de Montréal (3700 rue Damien-Gauthier) où le Parcours de l’Irlande (normale 70 de 7180 verges) vous fera voyager grâce à ses dunes atteignant 15 mètres de hauteur, ses 71 fosses de sable et son décor exotique.  Un défi digne des champions.

Mais pour vous plonger dans l’histoire irlandaise de Montréal, un incontournable est la Basilique Saint-Patrick (454 boulevard René-Lévesque Ouest).  Cette église, où la grand-messe pontificale fut célébrée pour la première fois en la fête de la Saint-Patrick, le 17 mars 1847, est classée monument historique depuis 1985.  Y pénétrer, c’est s’imprégner d’événements marquant de l’histoire des Irlandais de Montréal.  C’est à cet endroit que fut chanté le service funèbre de Thomas D’Arcy McGee, un des pères de la Confédération, après son assassinat en 1868.  Là également que fut baptisé Émile Nelligan en 1879.

Sur Internet, vous pouvez suivre la page Facebook « Irish living in Montreal / Irlandais à Montréal » ou écoutez le Irish Show tous les 1er et 15 du mois au www.cjad.com afin d’en savoir plus sur la vie de tous les jours des Irlandais de Montréal.

Côté événements, d’ici au 2 mai, vous pouvez visionner des films irlandais au cinéma J.A. de Sève de l’Université Concordia (1400 boulevard de Maisonneuve Ouest) lors de Cine Gael Montreal.  Qui sait, vous pourriez y croiser Mike Burns, conteur irlando-montréalais reconnu, puisque chaque film est précédé d’une petite présentation.  Plus de détails et horaire au www.cinegaelmontreal.com.

Mais je m’en voudrais d’aborder le sujet du Montréal irlandais sans parler de l’événement qui réunit des dizaines de milliers de personnes à chaque année : le fameux défilé de la Saint-Patrick.  Celui de Montréal est le seul au monde à n’avoir jamais connu d’interruption, ce qui en fait du même coup le plus ancien puisque le premier eu lieu en 1824.  C’est ce dimanche, 18 mars dès midi, que vous pourrez assister à la 188ème édition sur la rue Ste-Catherine (entre la rue du Fort et le square Phillips).  Plus de détails au www.montrealirishparade.com.

Sur ce, bonne Saint-Patrick à tous les Irlandais et leurs descendants Montréalais, et on se donne rendez-vous le mois prochain, à l’aube du St.George’s Day, afin de découvrir une autre culture importante de Montréal : le Montréal anglais.

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 15 mars 2012, dans Justicier reporter. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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