Faire du vélo en hiver?

Un texte de Simon Carreau, notre Justicier invité du mois de février

Les Justiciers urbains m’ont invité à être le justicier invité pour le mois de février afin de traiter de vélo d’hiver. Avec le doigté, la nuance et la rigueur qu’on lui connaît, Mario Dumont a justement abordé récemment la question. Le « topo » a fait beaucoup réagir, notamment sur les médias sociaux où beaucoup de Montréalais échangent sur les enjeux de l’usage du vélo à Montréal. Un collectif d’usagers du vélo en hiver a d’ailleurs pris le soin de répondre au formidable exercice démagogique de Mario dans un texte que je vous incite fortement à lire (notamment parce que j’éviterai d’en répéter les arguments).

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« T’es courageux! »

Il s’agit d’un commentaire que j’entends constamment. Généralement formulé par des gens bien intentionnés à mon égard, il témoigne moins de ma bravoure que de l’incompréhension totale de ceux qui le formulent, laquelle vient principalement de deux idées préconçues. Permettez-moi de m’y attaquer.

Non, il ne fait pas froid en vélo l’hiver. Le cycliste hivernal, créature darwinienne, s’adapte à son environnement et àla situation. Habillé convenablement (il est vrai que cela requiert un attirail adapté et un peu d’expérimentation) et parce qu’il bouge sans cesse, il sera généralement bien plus chaud que la majorité des gens qu’il croise sur les trottoirs.

Non, il n’est pas particulièrement dangereux de pratiquer le vélo en hiver. Encore une fois, le mot clé ici est l’adaptation, soit surtout celle de la conduite et de l’équipement aux conditions hivernales. Mais en fait, le plus souvent, le vélo hivernal ne représente pas de défi particulier. 9 jours sur 10, dans l’hiver montréalais, le cycliste roule directement sur le bitume ou sur une surface guère plus dangereuse qu’une chaussée mouillée en été.

Pour les journées glacées, de tempête ou pour toute autre occasion où le vélo représente un moyen de transport moins convivial qu’à l’habitude, le cycliste, véritable caméléon pouvant se fondre dans toutes les situations, troquera au besoin sa monture pour un autre moyen de transport.

Les chiffres du SPVM pour l’année 2009-2010 (voir tableau 1) donnent d’ailleurs assez peu de matière pour crier au massacre en parlant de l’usage du vélo en hiver. Alors que les trois principales pistes cyclables montréalaises voient passer quotidiennement entre 400 et 600 usagers quotidiens en hiver (et bon nombre de cyclistes n’empruntent pas du tout les pistes en hiver), il n’y a eu durant l’hiver 2010 qu’une poignée de cyclistes blessés légèrement dans des accidents de la route (la hausse observée en mars témoigne vraisemblablement du fait que plusieurs cyclistes reprennent du service après les mois plus difficiles). En comparaison, la motoneige fait de 20 à 40 victimes par année. Comme l’écrivait un ami : « CESSONS LE MASSACRE! FAISONS DU VÉLO L’HIVER ET DE LA MOTONEIGE L’ÉTÉ! »

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Tableau : Bilan routier du vélo en hiver (2009-2010)

Mois Cyclistes victimes d’accidents de la route
Décembre 2009 10 blessés légers
Janvier 2010 7 blessés légers
Février 2010 3 blessés légers
Mars 2010 27 blessés légers et un blessé grave

Source : @SPVM

S’il est un véritable défi pour le cycliste d’hiver, c’est bien plutôt la saleté, la « slush » et le calcium. D’où la principale contrainte au vélo en hiver : il faut avoir la possibilité de changer de vêtements une fois rendu au travail.

(Le lecteur intéressé trouvera sur internet une foule de conseils et ressources sur les façons de s’adapter au froid et aux conditions de conduites hivernales).

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Ma ville, c’est l’hiver

Pourquoi « s’entêter » à utiliser le vélo en hiver? Simplement parce que cela reste dans bien des cas le mode de transport le plus efficace et le plus agréable. (Personnellement, mon temps de transit augmenterait d’au moins le double en transport collectif.) Évidemment, il y a des coûts et difficultés supplémentaires à l’usage du vélo en hiver. Mais pour moi, comme pour un nombre croissant de Montréalais, même avec ce surcroit de coûts, le vélo reste le moyen de transport le plus adapté à mes besoins.

Pas de doute, il faut aimer l’hiver et il faut aimer bouger. Richard Bergerondisait récemment de Montréal : « La ville a deux grandes caractéristiques : son statut francophone et son hiver. Si on enlève les deux, on devient un gros Milwaukee.»

Tellement. L’hiver, c’est ce que nous sommes. Enfourcher sa bicyclette au mois de janvier, c’est une façon d’embrasser notre ville et ce qui fait que Montréal est Montréal. C’est une façon de VIVRE l’hiver et la ville, plutôt que de les subir.

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Faudrait-il faire la promotion du vélo d’hiver?

Rassurons immédiatement Mario Dumont et Éric Duhaime : il n’y a pas d’agenda caché visant à « retourner avec les chevaux », pas plus qu’il ne s’agit de dire que tout le monde devrait et pourrait pratique le vélo en hiver. Il y a certainement un degré supplémentaire de difficulté à la pratique du vélo hivernal qui découragera – et légitimement – bon nombre de cyclistes. Néanmoins, comme l’exemple de Copenhague en témoigne, des mesures adaptées (comme un entretien adéquat des pistes cyclables) pourraient faire augmenter substantiellement l’usage du vélo en hiver.

Au final, non, je ne suis pas d’avis qu’il soit important de faire la promotion du vélo d’hiver. Ce qu’il faut, c’est plutôt reconnaître – et faire accepter – le vélo comme un moyen de déplacement à part entière, adapter l’aménagement urbain en conséquence, demander aux policiers d’appliquer les rares articles du code de la sécurité routière qui protègent les cyclistes, etc. Plus il sera normal de faire du vélo, plus il sera normal de faire du vélo en hiver. Et plus il y aura de cyclistes, plus ils seront en sécurité, y compris en hiver. Mais c’est là un vaste chantier pour lequel il faudrait bien plus qu’un mois à titre de « justicier invité » pour l’aborder convenablement…

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 29 février 2012, dans Les Justiciers invités. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. andré boulanger

    Bel article et bien écrit. Bravo !

  2. Au nom de notre Justicier invité, nous vous remercions!

  1. Pingback: SOS VÉLO « Les Justiciers urbains

  2. Pingback: Retour sur le passé : mars 2012 « Les Justiciers urbains

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