Stopper l’hémorragie

Les premiers résultats du recensement 2011 ont été rendus publics il y a une dizaine de jours. On y apprend entre autres que la population de Montréal a crû de 1,8 % depuis 2006 pour atteindre environ 1,65 million de personnes en 2011 (1,88 millions pour l’ensemble de l’île de Montréal). De leurs côtés, les couronnes ont vu leur population augmenter en moyenne de 8,8 % pour atteindre 1,9 million de personnes. Pour la première fois de l’Histoire, la région métropolitaine compte plus de gens à l’extérieur que sur l’île de Montréal. Pour 2010-2011, l’Institut de la statistique du Québec indique que 22 000 personnes ont quitté le 514 au profit du 450. Au cours des dix dernières années, l’agglomération de Montréal a systématiquement perdu entre 19 000 et 24 000 citoyens annuellement.

Le débat qui a suivi la publication de ces chiffres a principalement porté sur les initiatives des uns et des autres qui n’ont pas nécessairement eu l’effet escompté (réduction de la circulation de transit sur le Plateau, programme d’accès à la propriété de l’administration en place, etc.). Nous sommes d’avis que toute intervention visant à rendre la ville plus accessible financièrement et plus agréable à ses résidents a une valeur intrinsèque indéniable. Sans celles-ci, le portrait dépeint par le recensement serait sans doute plus sombre. Nous croyons que le débat actuel rate sa cible, alors qu’il devrait plutôt porter sur ce que nous pourrions faire de mieux ou autrement pour retenir les Montréalais et surtout pour en attirer des nouveaux. 

Nous ne voulons pas ici revenir sur le sujet de l’étalement urbain comme tel. Nous avons maintes fois mentionné que nous croyons que celui-ci doit être contrôlé pour des raisons économiques (dédoublement et usure prématurée d’infrastructures), sociales (ségrégation sociale) et environnementales (perte de terres agricoles, de biodiversité et augmentation des GES liés au transport). À cet égard, l’adoption du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) par la CMM à la fin 2011 est de bon augure pour l’avenir de la région. Nous voulons plutôt participer à la réflexion qui vise à stabiliser la population montréalaise et même, éventuellement, à la voir augmenter significativement. 

À notre avis, Montréal doit éviter d’imiter la banlieue afin d’attirer ou de maintenir sa population. Le modèle banlieusard est amplement présent dans la région et Montréal doit offrir ce qu’elle a de mieux, c’est-à-dire la vie urbaine. En bref, la ville doit offrir la ville, soit un lieu d’échanges et d’interactions socio-économiques qui offre proximité et mixité.

Un des grands problèmes réside dans le fait que plusieurs quartiers de Montréal ont progressivement perdu leur urbanité à mesure qu’ils se sont vidés de leurs forces vives au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Un des exemples les plus marquants reste celui de Griffintown qui est devenu un véritable no man’s land au cours des dernières décennies. Ce secteur s’apprête toutefois à connaître un renouveau sans précédent et il est de la responsabilité de tous d’en faire un véritable milieu de vie urbain favorisant les échanges, la proximité, les interactions, les transports durables, etc. D’autres quartiers sont en train de renaître et offrent une qualité de vie enviable à leurs citoyens. Le quartier Villeray avec les rues De Castelnau et Villeray ou encore Rosemont qui s’articule autour de la rue Masson sont de très bons exemples de renouveau urbain : les commerces se renouvellent et se diversifient, plusieurs bâtiments connaissent une cure de rajeunissement, des familles s’y installent et les citoyens occupent et façonnent l’espace à leur image. Certes, nous sommes loin du rêve américain, mais ces quartiers offrent une véritable vie urbaine. Que l’on aime ou non, ceux-ci ont le mérite d’offrir quelque chose d’authentique (tout comme la «vielle banlieue») et non un modèle hybride sans âme comme ce qui se développe autour des quartiers Dix30 de ce monde.   

Il faut favoriser cette renaissance urbaine et encourager les initiatives qui vont la stimuler. Les grands projets comme le Quartier des spectacles ont une importance indéniable, mais il ne faut pas perdre de vue les petites actions locales, invisibles pour la majorité, mais qui ont un impact significatif sur la qualité de vie des citadins. Ceci nous ramène au concept d’acupuncture urbaine : des petites actions à forte valeur ajoutée. Que ce soit la rénovation d’une place publique, le verdissement d’une rue, la remise à neuf du mobilier urbain, ou l’implantation d’un centre communautaire, ces petites actions jouent un rôle de catalyseur. Un espace public de qualité incite les citoyens à s’approprier celui-ci. Nous l’avons répété à plusieurs reprises, des lieux agréables et occupés sont mieux entretenus, moins vandalisés et plus sécuritaires. Il s’agit d’éléments essentiels à la création d’un véritable esprit de quartier et par conséquent d’une vie urbaine. Il pourrait également être intéressant de permettre l’addition d’une étage sur les grandes artères de ces secteurs afin d’augmenter l’espace disponible. La diversification des modèles d’habitation (copropriété, logement social, coopérative, locatif) est également une piste prometteuse. Il s’agit ici de gestes simples qui participeront à rendre la vie urbaine plus agréable et, par conséquent, à retenir les Montréalais et à en attirer de nouveaux.

L’argument voulant que Montréal ne soit pas adapté à la vie de famille doit être grandement nuancé. La Ville ne convient certainement pas à toutes les familles, mais plusieurs y trouvent leur compte et d’autres pourraient faire de même si la qualité de vie dans les quartiers résidentiels continue à s’améliorer.

Même dans l’état actuel des choses Montréal offre des avantages pour la vie de famille. Par exemple, les familles montréalaises passent en moyenne moins de temps dans les transports. Pour cela, elles sacrifient autre chose comme de jouir d’une grande cour gazonnée par exemple. Pour certains, le temps sauvé en navettage a plus de valeur qu’une cour. Il s’agit ici d’un exemple simpliste et nous ne voulons pas porter de jugement de valeur sur l’un ou sur l’autre. Ce que nous voulons illustrer est que Montréal doit tabler sur ses forces naturelles et en faire la promotion et non tenter de changer son modèle pour s’adapter au goût du jour. Montréal offre plus de temps et moins d’espace. La banlieue l’inverse. Aux citoyens de choisir!

Restons fière de notre ville et travaillons ensemble à faire de ses quartiers des milieux agréables et attirants tant au niveau social, économique qu’urbanistique. Cette responsabilité n’incombe pas uniquement aux élus, mais aussi à chacun d’entre nous qui croyons en cette ville et à son avenir.

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 22 février 2012, dans Édito de la semaine. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Marie-Michèle

    bon point sur le fait que la ville doit (bien) offrir ce qui la différencie et la rend unique. je persiste (et signe) qu’il manque un plan de comm quelque part pour « vendre » cette réalité aux banlieusards qui n’ont connu que leur banlieue (comme moi).

  2. J’aime l’image de « l’acuponcture urbaine ». En effet, l’implication des citoyens à améliorer leur propre milieu de vie change beaucoup de choses. Ce serait encore mieux si la Ville de Montréal allait dans le même sens.

    • Nous aimons bien le concept d’acupuncture urbaine également. À notre avis, la ville a la responsabilité de poser les actions qui seront en quelque sorte les «déclencheurs» d’un renouveau (la remise à neuf d’une place publique par exemple). Il est toutefois de la responsabilité des citoyens d’occuper cet espace et de le façonner à leur image… À notre avis les responsabilités sont donc partagées entre les élus et les citoyens.

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