Une ceinture verte à Montréal

Avec le dépôt de la version officielle du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), le 8 décembre dernier, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) se dotera d’une ceinture verte et fera, du même coup, plusieurs heureux.  En effet, lors des consultations publiques dans le cadre du PMAD de la CMM, plusieurs voix, telles que celles des Justiciers Urbains, de l’Ordre des architectes du Québec, de l’Union des producteurs agricoles, de Nature-Action Québec et de la Fondation David-Suzuki, se sont élevées afin de réclamer l’instauration d’une ceinture verte autour de Montréal.  Mais pour une bonne partie de la population, le concept demeure encore flou.  Marie-Lyne Arbour, biologiste pour Nature-Action Québec, a bien voulu nous aider à le démystifier.

Le concept de ceinture verte a fait son apparition au Royaume-Uni en 1935 afin de freiner l’étalement urbain de Londres.  Malgré qu’il n’y ait pas de définition précise à la ceinture (ou trame) verte, car chaque ville adapte le concept selon ses besoins, elle sert à établir autour  d’une grande ville une zone où l’urbanisation est limitée dans le but d’y maintenir un espace où l’agriculture, les forêts et les loisirs de plein air peuvent se développer. Cette zone inclut un ensemble de milieux naturels protégés et reliés entre eux par des corridors à vocation écologique ou récréative permettant à la faune et la flore de se déplacer.

Au Canada, Ottawa a été la première ville à établir une ceinture de verdure autour de sa ville-centre.  En effet, depuis un peu plus de 50 ans, nous retrouvons près de 20 000 hectares de marais, de forêts et de terres agricoles protégés à moins de 10 kilomètres du centre-ville afin de contrer l’étalement de la capitale.  Vancouver (avec la « Green Way »), Longueuil et, en 2005, Toronto ont depuis emboîté le pas.

Pour Montréal, le PMAD proposait au départ le maintien du couvert forestier dans les bois métropolitains, ainsi que la protection des rives, plans d’eau et milieux humides.  Pour se faire, 31 boisés et corridors d’intérêt avait été identifiés.  Pour le projet « Une ceinture verte grandeur nature » de Nature-Action Québec et de la Fondation David-Suzuki, il s’agissait bien sûr d’une bonne base sur laquelle partir, mais ce n’était pas suffisant.  Il faut également restaurer les milieux dégradés, comme les friches industrielles ou les terres abandonnées,  en y plantant des arbres par exemple.  Il importe également que tous ces noyaux de biodiversité soient reliés ensemble afin de permettre les échanges et déplacements, ce qui sera le cas dans la version finale du PMAD.  La ceinture verte de Montréal imaginée par Nature-Action Québec et la Fondation David-Suzuki couvrirait un territoire allant de Sorel à l’est, vers les Montérégiennes au sud, passant par Châteauguay, Valleyfield et la MRC Vaudreuil-Soulanges à l’ouest, et revenant par les Basses-Laurentides et les Basses-Lanaudière au nord.  Reste à voir l’ampleur qu’elle aura dans la réalité.

Il est important de savoir qu’une ceinture verte ne mettra pas un frein au développement urbain de Montréal.  Selon Mme Arbour, elle y sera pour « mettre en valeur la métropole et les régions limitrophes ».  Une des mesures adoptées pour assurer la protection des milieux naturels du Grand Montréal est de densifier la population de la ville-centre et des secteurs déjà urbanisés, car c’est là que l’on y retrouve le meilleur réseau de transport en commun.  Il est donc suggéré que l’emphase soit mise sur la revitalisation de quartiers existants en y installant des parcs, des allées piétonnes, des commerces de proximité et en faisant de la plantation d’arbres.  Nous aurions donc des quartiers plus denses au centre qui permettraient de protéger les terres agricoles en périphérie.

Les retombées économiques d’une ceinture verte sont également importantes.  Par exemple, les milieux naturels de la « Golden Horseshoe Greenbelt » de Toronto rapportent 3487$ par hectare par année en services écologiques à la ville.  On n’a qu’à penser à la filtration de l’eau, au rôle des milieux humides pour contrer les inondations et les périodes de sécheresse, à la filtration de l’air par les arbres ou aux îlots de verdure qui réduisent les îlots de chaleur.

Évidemment, tous ces services dépendent de la qualité des écosystèmes en place.  Selon plusieurs intervenants, il était donc d’une importance primordiale que le concept de ceinture verte soit inclus dans le PMAD car, comme les règles d’aménagement seront figées pour les cinq prochaines années, rien n’aurait garantie la qualité des écosystèmes en place dans cinq ans.

Nature-Action Québec et la Fondation David-Suzuki ont donc beaucoup de pain sur la planche dans les prochaines semaines.  Ils mènent présentement une enquête à grande échelle afin de consolider les données et les connaissances sur l’état actuel des milieux naturels et agricoles de la grande métropole.  Il faudra ensuite évaluer la connectivité des pôles de biodiversité, ainsi qu’évaluer la valeur économique des services écologiques des milieux naturels actuels.  Tout cela dans l’attente de l’approbation du PMAD par le gouvernement qui doit être fait d’ici le début de juin 2012 et qui confirmera si oui ou non une ceinture verte verra le jour dans la région de la CMM.

Afin de bien comprendre de façon imagée la nécessité d’une ceinture verte, laissons-nous sur une définition métaphorique donnée par le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, en France, et par la Direction régionale de l’environnement de cette région en mars 2000 : « Nous comprenons intuitivement que la trame verte est une notion biogéographique qui, par analogie à la trame d’une étoffe, évoque à la fois un état et des fonctions.  À titre d’image, les fils de maille et fils de trame confèrent sa qualité à une étoffe : plus les fils sont fragilisés, ou manquant, plus le tissu menace de se déchirer.  De manière métaphorique, on peut imaginer que chaque brin représente une espèce, que chaque fil est un groupe d’espèce ou un écosystème, et considérer qu’au-delà d’un certain seuil de dégradation, c’est toute l’étoffe (la biodiversité ou la biosphère à grande échelle) qui est menacée. »

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 17 décembre 2011, dans Justicier reporter. Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Vancouver n’a vraiment pas de ceinture verte; c’est plutot une mixe entre deux formes de protection: les zones naturelles / de montagne de la rive-nord, et les terres agricoles des banlieues sud et est protegees (d’une certaine maniere; golf? karting? mega-eglise? « ferme » avec maison de 7000pi2? bienvenue!) par la Agricultural Land Reserve (une creation/agence de la province).

    Les ‘greenways,’ par contre, sont une phenomene urbaine, ou une rue (typiquement) residentielle est (tres legerement) transformee (par des mesures de ralentissement ou d’entraves a la circulation) en voies ou la priorite est accordee aux pietons et cyclistes. C’est a peu pres semblable a n’importe quel autre rue residentielle, sauf qu’il y a une attention accrue au decouragement de la circulation de transit, et quelques petits amenagements pour pietons et cyclistes.

  2. Merci DB pour ton commentaire.

    Il n’y a effectivement pas de « ceinture verte » à Vancouver, mais bien des « greenways ». Pour plus de détails concernant ces dernières, je vous invite à consulter le site de la ville de Vancouver au http://vancouver.ca/engsvcs/streets/greenways/.

  1. Pingback: Une ceinture verte à Montréal | Prével

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