Montréal: la ville aux cent clochers

Texte de Pierre-Olivier Bussière, notre Justicier invité de novembre 2011

On attribue généralement ce surnom donné à la métropole québécoise à l’auteur Mark Twain. En effet, lors d’un passage qu’il a effectué à Montréal en 1881, l’auteur déclarait lors d’une réception à l’Hôtel Windsor : « C’est bien la première fois que je m’arrête dans une ville où l’on ne peut lancer une pierre sans risquer de briser un carreau d’église ». Il est aisé de comprendre ce qui a poussé l’auteur à faire cette affirmation : à l’époque on pouvait apercevoir de l’hôtel pas moins de sept églises. Mais pourquoi Montréal abrite-t-elle autant d’églises?

Tout d’abord, il faut savoir que dès ses débuts, la colonisation de Montréal se fait dans une optique très religieuse. L’île est alors un point névralgique pour les Amérindiens qui doivent s’y arrêter pour effectuer un portage afin d’éviter les rapides infranchissables comme ceux de Lachine. Dès lors, le projet est clair : il faut « assembler un peuple composé de Français et de Sauvages qui seront convertis pour les rendre sédentaires, les former à cultiver les arts mécaniques et la terre, les unir dans une même discipline, dans les exercices de la vie chrétienne. »[1] L’entreprise colonisatrice est d’ailleurs une initiative privée issue d’une compagnie dévote : la Compagnie du Saint-Sacrement. C’est cette compagnie qui instaure la Société Notre-Dame de Montréal qui gérera la colonisation sous le commandement de Maisonneuve en 1642. De plus, en 1663, le roi Louis XIV accorde les terres de l’île de Montréal aux frères Sulpiciens qui en auront désormais la charge.

Pendant le régime français, la ville se développe progressivement mais c’est à partir de la Conquête en 1760 que Montréal adoptera ce caractère distinctif de la pluralité de ses lieux de culte. En effet, lors de l’arrivée des Anglais, la ville compte des églises catholiques. Cependant, les nouveaux maîtres ne partagent pas ces croyances puisqu’ils appartiennent au culte anglican instauré par Henri VIII. Aux églises catholiques s’ajoutent donc des édifices célébrants l’anglicanisme. De plus, à cette époque l’île de Montréal compte un nombre important de petits villages situés à l’extérieur de l’enceinte et qui ont toutes leurs lieux de cultes. Il en est ainsi pour le Plateau Mont-Royal, le quartier Saint-Henri, Ahuntsic, etc. Ces municipalités seront ensuite intégrées à la métropole avec leurs églises.

Un autre facteur qui explique l’importante quantité de lieux de culte repose sur le facteur multiethnique de la ville. Outre l’ajout d’une population d’origine anglaise au lendemain de la Conquête, il faut compter avec de nombreuses vagues d’immigration. Ainsi après la révolution américaine, de nombreux loyalistes débarquent ce qui implique une augmentation des cultes anglican et protestant. À partir de 1820 et plus particulièrement dès la décennie de 1840, une famine en Irlande cause une arrivée massive en provenance de ce pays. Bien que la majorité soit catholique, la barrière linguistique les pousse à ériger leurs propres églises. Il y a maintenant trois religions qui se développent à Montréal.

 À partir de 1890, une nouvelle immigration massive se produit mais cette fois-ci en provenance de l’Europe de l’est : Grèce, Italie, Pologne, Russie, etc. Cette phase est appelée « new immigration » illustrant par là-même le changement drastique quant à la provenance de la population. Comme les Irlandais avant eux, ces nouvelles communautés désirent leurs propres églises, surtout que certains, comme les Grecs, ne pratiquent pas le même culte que les autres. La « new immigration » voit aussi l’installation d’une communauté juive et on verra dès lors se construire des synagogues. Cette insistance des nouveaux arrivants pour la possession de leurs propres lieux de cultes s’explique aussi par le fait que ceux-ci représentent des marqueurs identitaires importants pour une communauté culturelle.

 Tout au long du XXe siècle, la ville de Montréal prend de l’extension. Au fil de son développement, il y a une forte mobilité de la population. Ainsi, les riches bourgeois anglo-saxons qui résidaient dans le Vieux-Montréal migrent-ils progressivement vers le mont Royal et construisent de nouvelles églises dans leurs quartiers ou leurs municipalités. Le même phénomène se produit avec d’autres communautés. Enfin, l’arrivée, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, d’une population originaire des quatre coins du globe contribuera encore à multiplier les lieux de cultes : mosquées, temples bouddhistes ou hindous, etc.

Nous pouvons donc constater que Montréal mérite bel et bien son surnom de « ville aux cent clochers » car ceux-ci sont les témoins de l’évolution de la trame urbaine de notre métropole bien-aimée et illustrent son caractère indéniablement multiethnique dès le milieu du XIXe  siècle. Cependant, le surnom de Montréal ne correspond nullement à la réalité car le paysage montre désormais une multitude de coupoles, de tours, de minarets, etc.


[1] Mémoires de la société historique de Montréal, 9e édition, 1880.

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Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 24 novembre 2011, dans Les Justiciers invités. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. J’ai beaucoup aimé cet article découvert par hasard via Guillaume Dupuis. Car d’ici en Europe on n’imagine pas exactement quels furent les flux migratoires ou guerriers et leur impact aussi visible dans le paysage urbain!

    Merci

  2. Pour être au courant de nos actualités ainsi que de nos nouvelles publications, nous vous invitons à nous suivre sur Facebook!! http://www.facebook.com/pages/Les-Justiciers-urbains/208422885841602

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