Ce que nous devons occuper à Montréal

Photo: Benoît Clairoux

Que pensent les Justiciers urbains du mouvement Occupons Montréal? À quelques reprises, des fans en délire et même certains médias nous ont posé cette question. Même s’il s’agit d’un mouvement et d’enjeux d’ordre international, c’est quelque chose qui se passe à Montréal en ce moment. Il est donc pertinent de l’adresser.

D’emblée, nous sommes d’avis que le mouvement mondial est légitime. Les revendications ayant trait aux structures économiques et à la spéculation boursière qui en viennent à affecter significativement la santé financière des États et de millions de personnes constituent un enjeu crucial qui doit être adressé sérieusement avant qu’il ne provoque encore plus de désastres économiques et sociaux.

Aux Etats-Unis, la crise des subprimes donne à Occupy Wall Street une énergie et un momentum incomparables. En Espagne, où le taux de chômage est astronomique, la jeune génération désabusée en a assez que le système financier dans sa mouture actuelle les empêche de prendre leur place et de s’épanouir au sein de la société.

Le mouvement est répandu. L’appui à ces causes est fort louable. Mais dans une perspective locale, l’occupation du Square Victoria à Montréal est-il le meilleur moyen pour les indignés de rencontrer leurs objectifs? D’ailleurs, que réclament les indignés de Montréal? Des changements, certes, mais quels changements, ici, au Québec, à Montréal? Un mouvement populaire tel qu’une occupation est stratégiquement gagnant lorsqu’on pose un ultimatum, lorsqu’on réclame un geste clair de la part d’un acteur défini dans un délai relativement court.

Or, les indignés montréalais sont formés de personnes de différents milieux, avec différentes orientations, défendant différentes causes. Jusqu’à quand occuperont-ils Montréal? Quel changement les fera bouger, les incitera à « réintégrer » la société? À notre avis, sans revendication claire et précise, une telle occupation ne peut que se terminer en queue de poisson. Et leur mouvement aura alors perdu beaucoup en crédibilité.

Qui plus est, la cassure sociale et politique «nécessaire» à l’avènement de changements radicaux portés par une révolution populaire n’existe pas actuellement au sein de la société québécoise. C’est pourquoi les indignés se comptent tout au plus en centaines, et non des dizaines de milliers, comme on a pu le voir dans certains pays arabes au printemps.

Dans un tel contexte de revendications multiples, de souhaits de voir les choses changer, nous croyons que notre société offre encore pour l’instant suffisamment de canaux officiels, d’opportunités d’action et d’expression pour influencer les choses de l’intérieur.

Les Justiciers urbains se sont donnés comme mission de faire valoir leurs idées, d’influencer positivement leur ville, de s’occuper de Montréal, en s’exprimant via les canaux qui s’offrent à eux. Notre super-pouvoir est celui d’être écouté. Et c’est un pouvoir que tous les citoyens ont, dès qu’ils se donnent la peine de s’exprimer, là où le dialogue est possible.

Publicités

À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 16 novembre 2011, dans Édito de la semaine. Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Marie-Michèle

    hmmmm… je suis bien d’accord, sauf que « Un mouvement populaire tel qu’une occupation est stratégiquement gagnant lorsqu’on pose un ultimatum, lorsqu’on réclame un geste clair de la part d’un acteur défini dans un délai relativement court. »… ça sonne drôlement comme une prise d’otage, ça, non? je ne dis pas que vous êtes pour, et je comprends bien que vous ne faites que « reconnaître » l’impact potentiel d’une telle approche, mais ouf, ça pourrait tellement être interprété différemment par des gens qui proposent des idées bien différentes des vôtres.

  2. Nous comprenons l’inconfort soulevé. Toutefois, à notre défense, les mots clés dans cette phrase sont «populaire» et «stratégiquement».

    D’abord, en notre sens, un mouvement réellement populaire traduit un certain consensus au sein de la société et donne donc au mouvement une certaine légitimité démocratique, contre un pouvoir autoritaire ou agissant dans l’intérêt contraire à celui de la majorité. Dans certaines situations extrêmes, il arrive que ce soit une façon légitime de faire avancer les sociétés; l’histoire nous l’a prouvé.

    Deuxièmement, nous disons qu’il s’agit d’une action «stratégiquement» gagnante, donc qu’il s’agit, au risque de nous répéter, de la bonne façon d’atteindre un objectif donné, dans un certain contexte. Nous ne nous attardons pas ici à nous questionner sur le bien-fondé de l’objectif recherché, d’où votre inquiétude.

    Mais si nous postulons que cet objectif est porté par un mouvement populaire, nous nous sommes permis, dans cette phrase, d’accorder le bénéfice du doute au peuple mobilisé derrière ce mouvement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :