Pour un développement durable du Grand Montréal

Le projet de Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) propose des objectifs de développement communs pour l’ensemble des 82 municipalités du grand Montréal.  Les consultations publiques sur le Plan, qui se sont tenues tout au long du mois d’octobre, ont fait les manchettes et ont également permis à des centaines de personnes et de groupes de donner leur opinion.  Alors que les exercices de planification territoriale se sont historiquement déroulés dans l’ombre, l’engouement entourant le PMAD démontre que la population a désormais un intérêt certain pour les questions qui touchent le développement de leur territoire.  Le présent édito vous propose notre point de vue face au projet de PMAD.

Les Justiciers urbains tiennent à remercier Marie-Lyne Arbour et Julien Dugré pour leur précieuse collaboration dans la rédaction de la troisième orientation du texte.

Le projet de PMAD de la CMM présente une vision intéressante et des objectifs pertinents.  Pour la première fois, un effort de planification régionale concertée offre des pistes pour densifier le territoire, favoriser l’usage des transports collectifs et offrir un environnement de qualité aux résidents. Les Justiciers urbains sont toutefois d’avis que quelques ajustements devraient être apportés aux trois orientations du PMAD afin de permettre à la CMM d’atteindre plus aisément ses objectifs.

Orientation 1 – Un grand Montréal avec des milieux de vie durable

En ciblant un aménagement du territoire plus dense et mixte et en proposant des mesures telles que le gel du périmètre d’urbanisation, le projet de PMAD offre des solutions intéressantes pour réduire les impacts négatifs liés à l’étalement urbain. La CMM pourrait toutefois opter pour une approche plus structurée en ce qui concerne la mise en valeur des territoires disponibles au développement économique et résidentiel (terrains vacants en territoire nonagricole).

Alors que les agglomérations de Montréal, Longueuil et Laval possèdent 44% des espaces disponibles, il est important de favoriser le développement dans ces secteurs avant de passer aux couronnes. Dans sa mouture actuelle, le projet de PMAD fait état des espaces disponibles mais ne fait pas mention de l’importance stratégique de les développer de façon cohérente et séquentielle. Développer l’ensemble des terrains vacants des couronnes sans densifier davantage les secteurs centraux provoquera inévitablement la poursuite de l’étalement urbain à court terme. En plus de corriger cette lacune, la CMM pourrait clairement indiquer que la revitalisation de quartiers qui peuvent encore accueillir de nouveaux citoyens ou entreprises sera priorisée. Dans le contexte actuel, il faut favoriser le maintien et la consolidation et non construire et développer.

Dans la région métropolitaine de Montréal, densifier et lutter contre l’étalement urbain signifie développement durablement et protection des meilleures terres agricoles du Québec. Pour cela, nous sommes plus que d’accord avec l’idée de geler pour une période de cinq ans tout dézonage agricole et recommandons même que ce gel soit adopté pour une plus longue période.  Ce faisant, la CMM contiendrait l’étalement et viendrait garantir un minimum d’autonomie alimentaire àla région.  LeGrandMontréal fait cohabiter différents milieux (métropole, villes, villages, quartiers résidentiels, terres agricoles, forêts, zones humides, etc.). La région doit utiliser cette diversité comme une force et s’assurer de la place de chacun d’entre eux en se développant dans une perspective globale d’intégration et non de « compétition ».

Orientation 2 – Le transport des personnes et des marchandises

La CMM soutient que le transport collectif doit prendre une place plus grande, notamment afin de réduire l’utilisation de l’auto-solo, lutter contre les changements climatiques, consolider l’urbanisation et réduirela congestion. Lavision du transport collectif ainsi présentée fait de ce mode «un mode palliatif». Or, le transport collectif n’est pas qu’un simple moyen de diminuerla congestion. Ilconstitue un mode économique, performant, nécessitant moins d’infrastructures et assurant une mobilité efficace et durable.

Le projet de PMAD propose une liste de projets pour développer à la fois les transports collectifs ainsi que le réseau routier.  Une augmentation de la capacité routière dans le même axe qu’un équipement de transport collectif réduira nécessairement les retombées économiques et environnementales de ce dernier.  Dans un contexte où les ressources sont limitées, il est essentiel d’obtenir le meilleur retour sur l’investissement en évitant de mettre en concurrence des projets autoroutiers et des corridors de transport collectif.  Sauf pour ce qui est du parachèvement des voies de contournement (autoroutes 30 et 640), qui viendraient réduire la circulation de transit au cœur de la région, aucune somme ne devrait être consacrée au développement autoroutier.  Les fonds disponibles doivent aller au maintien du réseau routier et au développement de l’offre de transport collectif.  Nous proposons à la CMM de prendre clairement position en faveur du transport collectif comme mode à développer en priorité.

La CMM pourrait également considérer d’évaluer sur de mêmes bases les projets routiers et de transport collectif en fonction de leur capacité intrinsèque à poursuivre les objectifs de densification du territoire urbanisé.  L’efficacité d’un axe de déplacement ne doit plus se faire en fonction du nombre de véhicules qui s’y déplacent mais bien en fonction du nombre de personnes qui l’utilisent.

Orientation 3 – Environnement

Pour ce qui est de la troisième orientation, le PMAD propose des avenues intéressantes, notamment en ce qui concerne l’objectif du maintien du couvert forestier dans les bois métropolitains ainsi que la protection des rives, plans d’eau et milieux humides.

En effet, il est important de maintenir le couvert forestier puisque les arbres sont de véritables purificateurs d’air en absorbant le CO2. Pour l’avenir de la région, il importe de poursuivre et intensifier le support accordé aux municipalités via des programmes, tel le Programme d’acquisition et de conservation des espaces boisés déjà mis en place par la CMM qui a pour objectif d’appuyer les initiatives locales et régionales. À notre avis, le programme devrait également inclure la réhabilitation de sites dégradés (ou inutilisés) par le reboisement.

À cet effet, le projet Une ceinture verte grandeur nature  dela Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec constitue selon nous une idée intéressante pour le développement, l’intégration et la protection d’un véritable espace protégé à l’intérieur dela CMM. L’implication d’organismes experts en la matière pourrait renforcer la démarche entamée par la CMM en permettant d’informer et de mobiliser les propriétaires, acteurs et décideurs à la valeur économique et à la préservation des milieux naturels. De plus, ceci permettrait une meilleure sensibilisation de la population à l’importance des milieux naturels via diverses activités (foresterie, plein air, agriculture, etc.), tel que proposé par les deux organismes.

Le concept de ceinture pourrait également être appliqué aux rives et rivières (« ceinture bleue »). La région métropolitaine étant bordée par de nombreuses rivières (sans oublier le fleuve St-Laurent), la protection des rives doit être une priorité pour les années à venir. Les inondations du Richelieu le printemps dernier est un exemple flagrant des effets néfastes engendrés par la perte des milieux humides et par l’aménagement des rives. Alors que le gouvernement du Québec est allé à l’encontre de sa propre politique (Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables) en autorisant les résidents à rebâtir dans ces zones inondables, nous sommes d’avis que la CMM devrait faire plus pour la protection et la restauration des rives en imposant, par exemple, un moratoire sur la construction en zone humide.

Les rives, tout comme les boisés d’ailleurs, tiennent un important rôle dans le processus de purification des eaux. Les polluants comme les métaux, les virus, les huiles, les excès de nutriments et de sédiments sont traités et filtrés alors que l’eau circule à travers les zones humides, les forêts et les zones riveraines. Il est beaucoup plus économique et durable de protéger ces milieux que d’investir dans le traitement des eaux contaminées. Par exemple, l’État de New York a choisi d’investir 1 G$ pour restaurer les bassins versants qui fournissent l’eau potable à la Ville de New York plutôt que les 8 G$ qui auraient été nécessaires à l’installation d’une usine de traitement des eaux. La CMM aura tout avantage à s’inspirer de telles initiatives.[1]

De façon globale, la CMM doit, au cours des années à venir, analyser les risques liés aux effets des changements climatiques (changement de la composition des boisés, disparition ou prolifération des espèces, etc), qui s’intensifieront de plus en plus. Nous recommandons donc d’intégrer la notion d’adaptation aux changements climatiques dans le Plan pour les zones qui risquent d’être le plus touchées en prévoyant, par exemple des zones « tampons » (bandes riveraines, haies brise-vent en zone agricole, etc.) pour en atténuer les effets. Dans ce contexte, protéger l’environnement est avantageux au niveau économique tout en contribuant à la santé et la sécurité publique. Il ne peut donc qu’être stratégique à long terme d’investir et de voir à sa conservation.

CONCLUSION

Après plusieurs décennies de développement tout azimut,  il est grand temps que la région se dote d’un Plan qui lui permettra d’orienter son développement vers des milieux de vie plus durable.  Que l’on soit en accord ou en désaccord avec la proposition de PMAD, force est d’admettre qu’il constitue un effort louable et souhaitable pour l’ensemble des citoyens dela région. Avecla quantité impressionnante de mémoires et de propositions déposés devant la commission, le Plan définitif, qui doit être adopté d’ici la fin 2011, risque fort de connaître plusieurs modifications.  Les Justiciers urbains resteront aux aguets!

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À propos de Les Justiciers urbains

Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 26 octobre 2011, dans Édito de la semaine. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. La nouvelle tour de Cadillac Fairview au Centre-ville, vous en pensez quoi ?

  2. Ce sujet fera parti d’un édito dans les semaines à venir. Nous vous invitons à nous suivre pour connaître la réponse.

  3. Heille les JU, allez voir ce blogs. Pourrait vous inspirer. A+.

  4. Quel blog Guillaume? Il n’y a pas de lien…

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