Pont Champlain : soyons opportunistes!

29 mars 2011

On apprenait la semaine dernière que les maires des 82 municipalités de la région métropolitaine sont parvenus à un consensus au sujet de la nécessité de procéder à la construction d’un nouveau Pont Champlain, afin de remplacer la structure existante. Celle-ci présenterait en effet de sérieux signes de détérioration qui rendraient le pont actuel inapte à moyen terme à continuer à jouer le rôle crucial qu’il joue dans la région.

 Ce rare consensus au sein de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) illustre à quel point l’enjeu du Pont Champlain est incontournable pour l’avenir de la région. Gérald Tremblay lui-même s’est fait le porte-parole de cette revendication, à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale fédérale.

Si toutefois la nécessité de construire un nouveau Pont Champlain ne fait de doute pour personne (sauf peut-être pour le gouvernement fédéral, à en juger par les déclarations entendues de leur part jusqu’à maintenant), la question de la place que devrait prendre le transport collectif dans la nouvelle structure demeure étonnamment au cœur d’un flou artistique, reléguant cet enjeu comme une question de second ordre dans le dossier.

Rappelons qu’actuellement, le Pont Champlain accueille quotidiennement plus de 1800 passages d’autobus transportant plus de 40 000 personnes de part et d’autre du fleuve Saint-Laurent. Aux heures de pointe, ces autobus empruntent une voie réservée à contresens délimitée par des cônes qui sont déposés et retirés deux fois par jour le long des voies centrales du pont. À l’extérieur des heures de pointe et la fin de semaine, la demande est telle que des bus articulés offrent des départs dans les deux directions entre le centre-ville et le Terminus Panama à Brossard à toutes les 10 à 15 minutes. Si l’infrastructure temporaire qu’est la voie réservée à contresens était appropriée lorsqu’elle a été mise en place à la fin des années 1970, elle ne permet tout simplement plus, trente ans plus tard, de répondre aux besoins croissants en déplacements entre la Rive-Sud de Montréal et le centre-ville. En plus des enjeux de sécurité évidents soulevés par le concept d’une voie réservée à contresens, celle-ci, de même que le terminus d’autobus du centre-ville, sont aujourd’hui saturés, ce qui force les planificateurs de transport à user de créativité pour parvenir à transporter plus de personnes sans pour autant faire passer plus d’autobus sur le Pont Champlain aux heures de pointe. La croissance du transport collectif dans cet axe crucial pour la région est donc sérieusement menacée si rien n’est fait.

L’Agence métropolitaine de transport (AMT) a publié en 2007 les résultats des études d’avant-projet pour l’implantation d’un Système léger sur rail (SLR) dans l’axe du Pont Champlain, un mode lourd de transport collectif qui permettrait de remplacer l’actuel service de bus inter-rives. Évalué alors à 1 milliard $, ce projet avait été considéré comme prioritaire par les principaux acteurs économiques de la Rive-Sud. La Ville de Montréal s’était aussi montrée favorable à cette solution dans son Plan de transport.

Depuis, le projet n’a pas avancé, faute d’engagement financier de la part des gouvernements. Aujourd’hui toutefois, dans le cadre de l’incontournable reconstruction du Pont Champlain, il serait inconséquent de ne pas profiter de l’immense chantier qui est sur le point de voir le jour pour y intégrer le projet d’un SLR qui relierait la Rive-Sud au centre-ville de Montréal de manière rapide, efficace, sécuritaire et non-polluante.

Muni de quatre gares (Chevrier, Panama, Île-des-Sœurs et centre-ville), ce nouveau mode de transport permettrait non seulement d’améliorer considérablement la convivialité et la rapidité des déplacements pour 40 000 usagers quotidiens du transport collectif, mais permettrait aussi d’exercer un attrait considérable qui viendrait faire augmenter ce nombre d’usagers à 60 000 ou plus, soit l’équivalent des trois stations de métro à Laval combinées. Le centre-ville, mais aussi les importants pôles d’emploi de Brossard et de l’Île-des-Sœurs verraient ainsi leur accessibilité en transport collectif significativement augmentée.

L’important niveau de service d’autobus présent actuellement dans cet axe témoigne du fait que le SLR desservirait essentiellement des quartiers résidentiels relativement denses, bâtis depuis plusieurs décennies, et des pôles d’emploi importants situés à proximité du centre-ville de Montréal. Il s’agirait donc d’une infrastructure qui favoriserait la consolidation du transport collectif entre le centre-ville et un secteur important, situé à proximité de celui-ci. L’absence d’un mode lourd de transport collectif dans cet axe est un non-sens en 2011.

La construction de tels modes lourds nécessitent des investissements majeurs et doivent être étudiés très sérieusement avant d’être privilégiés. Toutefois, il faut aussi savoir être opportuniste et identifier les occasions où des projets somme toutes nécessaires peuvent être réalisés dans un contexte unique d’efficience logistique et budgétaire. Il faut impérativement profiter de la construction du nouveau Pont Champlain pour y inclure un SLR entre Brossard et le centre-ville et ainsi permettre à des secteurs importants de maintenir et augmenter la place déjà importante que leurs résidants et travailleurs accordent au transport collectif dans leurs habitudes de déplacement.

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Un jour, à la suite d’un projet mésadapté pour nore quartier, nous, les Justiciers urbains, avons été frappés par le devoir d’accomplir le destin qui nous unissait. Cette union nous a confié des turbos pouvoirs : lucidité et «exécutivité» hors du commun, capacité de faire triompher le bien du mal (uniquement dans des milieux citadins) ainsi que «sens de l’urbain» les avertissant des dangers imminents. Les Justiciers urbains aiment leur ville plus que tout. C’est pourquoi nous nous intéressons à l’ensemble des questions et enjeux concernant Montréal et sa région. Nous prenons position et faisons valoir nos idées face aux enjeux d’actualité. Nous produisons des éditoriaux, rédigeons des mémoires et participons à des consultations publiques avec pour mission de servir le bien commun de Montréal et de ses citoyens.

Publié le 11 juillet 2011, dans Édito de la semaine. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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